Richard Flash: Retour gagnant

On l’attendait au détour. Depuis ses années zouk, rythme qui a perdu de sa superbe et n’intéresse que les amateurs de radio Nostalgie et Cie,

 Richard Flash cherchait un second souffle à son inspiration. Quand il y a quelques mois je l’ai entendu annoncer son retour avec son facétieux « é marché grave », je m’étais dit qu’il allait, encore une fois, ringardiser sa musique. Puis, est venu « zéro », un zouk coupé-décalé, plus intelligent et plus relevé, puis « Davé », une magnifique ballade africaine mais sombre, puis, « Gbédododa », du « élézo », absolument délicieux.

Richard Flash plonge cette fois-ci dans son terroir en faisant ressortir les rythmes les plus simples comme Angélique Kidjo joue avec les vieilles comptines béninoises des cours de récréation. Ici, la justesse du son qui s’imprègne volontiers de violon, de sonorités de balafon, se marie parfaitement avec le tam-tam dont les roulements vibrent avec le bruit cassé des castagnettes.

 Sur le morceau « Davé », le chanteur ouvre sa voix grave et caverneuse sur une note de violon pointu. Il a mal, il veut parler d’une blessure qui fait saigner son cœur : un proche a disparu. La vidéo dans laquelle il relate les faits le montre dans un univers sépia, tantôt entouré d’herbes folles, tantôt entouré des gens en deuil. Des gens qui, la nuit, sortent avec des lampes à la recherche du « davè » perdu. Où est-il passé ? Pourquoi la nature est-elle si injuste ? Le directeur photo joue infiniment sur le contraste entre le jour et la nuit, le plongé et le panoramique,  le décor épuré et le surchargé. Pendant ce temps, les tams-tams résonnent, deviennent plus percutants, le violon se fait plus nerveux, libérant une énergie longtemps contenue. Certes, elle est entrainante, la musique ; mais la tristesse des personnages déplorant la perte de leur « davè » oblige à la retenue, brise l’envie de se défouler. Le clip est un poème sur le thème de l’absence, une magnifique métaphore sur le deuil et les implications de la perte d’un être cher à soi.

En contraste avec « Davè », « Gbédododa » est festif. Sur un ton d’humour, Richard Flash parle du mauvais œil, de ces gens tellement heureux de nuire à autrui que c’est eux-mêmes qui, finalement, en récoltent les plus grands malheurs. Ici aussi, c’est un village qui lui sert de décor. Avec cette couleur latérite, du rouge chaud qui part de la terre et se fige dans les murs des maisons, offrant au clip une continuité de couleurs, même si la cotonnade  africaine des habits des danseurs crée des ruptures heureuses par leurs tons nettement enjoués. 

Mais le clip de Richard Flash n’illustre pas le thème, il donne tout simplement l’occasion aux jeunes du village de s’imprégner d’une anecdote, un fait divers dont ils doivent tirer leçon. Et sur la place du village, ils montrent leur réceptivité à ce conseil. En dansant, en chantant, en battant les mains, le buste, les cuisses, tout comme le chanteur lui-même. C’est le bon vieux « élézo » qui fait gicler les jambes, ce rythme oublié qui, jadis, avait fait tant danser les générations de jeunes aux fêtes de fin d’années scolaires. Ce qui est aussi heureux, ce sont les notes de balafon qui ponctuent les temps forts et en donnent parfois la mesure. On se régale devant une chanson si simple, si efficace, si rafraîchissante. Oui : il nous a flashés, le Richard. Un retour gagnant.

Florent Couao-Zotti