Régime Talon: Léonce Houngbadji dénonce les dérives et la mal gouvernance au sommet de l'Etat

Le Président du Parti pour la Libération du Peuple (PLP) était sur l’émission «Eclairage» de la radio nationale.

Le Président du Parti pour la Libération du Peuple (PLP) était sur l’émission «Eclairage» de la radio nationale, hier. Au menu : les attentes de la jeunesse à l’ère dite de la «rupture». D’autres sujets d’actualité ont été abordés au cours du débat. Léonce HOUNGBADJI, fidèle à sa ligne politique, n’est pas allé par quatre chemins pour dénoncer les dérives et la mal gouvernance sous le régime en place. «Les espérances nées de l’élection de Monsieur Patrice Talon se sont aujourd’hui totalement évaporées dans l’air nauséabond de la mal gouvernance entretenue et développée avec cynisme, comme système principal de la gouvernance d’Etat. Les jeunes ont perdu tout espoir», a-t-il affirmé.

Quelle est votre appréciation de l’action du Président Patrice Talon à la tête du pays depuis six mois ?

Les espérances nées de l’élection de Monsieur Patrice Talon se sont aujourd’hui totalement évaporées dans l’air nauséabond de la mal gouvernance entretenue et développée avec cynisme, comme système principal de la gouvernance d’Etat. Le bilan à mi-parcours des actions de son gouvernement est catastrophique, car le régime accumule les échecs sur tous les plans. Sur plusieurs indicateurs clés, les résultats sont désastreux. Ce n’est pas les incantations au quotidien qui changeraient la donne. Le gouvernement, qui multiplie les erreurs les unes après les autres, doit se mettre au travail pour inverser la tendance, redonner espoir au peuple. Et  pour y arriver,  il faut qu’il cesse d’abord avec la navigation à vue. 

A ce jour, notre gouvernement n’a pas de programme d’action. L’improvisation et la déroute se font sentir dans des dossiers sensibles (santé, éducation, justice, agriculture…). Le rétropédalage est récursif. D'où l'impression de totale improvisation que nous observons. 

Notre Parti a été le tout premier à réclamer le programme d’action. Nous l’avons fait savoir à travers conférences de presse et communiqués de presse. Et lorsque vous êtes sans priorité, sans vision, sans boussole, sans feuille de route, vous ne pouvez relever aucun défi de développement, puisque vous ne savez pas où vous allez. 

Nous ne demandons pas au gouvernement de régler tous les problèmes du pays en six mois, mais nous lui demandons des actes concrets pour rassurer les citoyens. 

Aujourd’hui, on constate aisément qu’en lieu et place d’actions concrètes pour améliorer les conditions de vie et de travail des populations, le gouvernement et son chef privatisent le pays et profanent la démocratie (affermage des hôpitaux, gestion des usines par le privé, violation des décisions de justice et de la Cour Constitutionnelle, violation de la constitution, le chef de l’Etat et certains de ses ministres n’ont pas déclaré leurs biens à ce jour…). La morosité économique sévit dans le pays. Les Béninois n’arrivent plus à joindre les deux bouts. Ils ont faim. Et comme argument fallacieux, nos amis d’en face accusent  l’ancien régime. C’est cynique. Ceux qui sont là aujourd’hui et qui nous gouvernent étaient à 99,99% aux affaires, hier. Ils sont tous comptables de la gestion du régime passé, à commencer par le Chef de l’Etat, lui-même. Gouverner, c’est prévoir. Si le régime est incapable de gouverner le pays, qu’il le dise au peuple. 

Partenariat Public-Privé

La crise au Nigéria ne date pas d’aujourd’hui. Ça date depuis 2012-2013. Les effets étaient là. C’est vrai que la situation s’est dégradée. Mais personne n’a pleurniché par le passé. Un gouvernement sérieux et responsable doit prendre des mesures fortes pour protéger l’économie nationale. Les pays de la sous-région vivent aussi la même situation, à degré divers, peut-être. Mais ils ont été proactifs. Allez à Lomé tout près pour voir les efforts qui sont faits. 

Il existait bel et bien un cadre légal et règlementaire à l’utilisation des PPP au Bénin. La Loi sur les PPP est un travail de qualité réalisé par l’ancien régime. Donc ce n’est pas un fait nouveau. Quel investisseur étranger même national va investir dans notre pays pendant qu’on privatise tout et on prend en otage l’économie nationale ? Quel investisseur viendra investir au Bénin si déjà les rares que nous avons sont en train de partir à cause des mesures prises par les nouvelles autorités qui ne les incitent pas, ne les rassurent pas ? 

On est allé jusqu’à annoncer la privatisation de certains hôpitaux de zone alors qu’on connaît très bien la situation des Béninois à l’intérieur de notre pays. Le secteur de la santé est un secteur sensible. Aucun gouvernement sérieux ne peut prendre une telle décision, après avoir supprimé le Ramu. C’est une question de responsabilité. C’est une fuite de responsabilité. Nous sommes  totalement contre cette décision du gouvernement et nous allons le faire savoir dans les jours à venir.

 

Quelles sont les actions en faveur de la jeunesse?

Aucune mesure n’a été prise en faveur des jeunes au cours de ces six premiers mois. C’est le programme d’action du gouvernement qui va nous dire les actions prévues en faveur des jeunes. La promotion des jeunes ne date pas d’aujourd’hui. Et notre souhait le plus ardent est qu’on fasse davantage la promotion des jeunes vertueux, parce que l’avenir de notre pays appartient à la jeunesse. Par le passé, beaucoup de jeunes ont été promus dans l’administration publique. L’amélioration de la situation des jeunes ne se limite pas seulement au niveau des nominations. Les jeunes Béninois ont des problèmes d’emploi. Nous voulons connaitre la vision du gouvernement par rapport à la situation des jeunes. Les jeunes ont totalement perdu espoir, aujourd’hui. La situation va de mal en pire. Allez au port de Cotonou, dans nos marchés… et vous verrez. Le constat est amer.

Si après six mois de gouvernance, le gouvernement est incapable de mettre en place des mesures appropriées pour rassurer les jeunes, prendre des initiatives pour faire face à la question de l’emploi et du sous-emploi, ce n’est plus un gouvernement responsable. Beaucoup d’efforts ont été faits par le passé. Les résultats sont là. Mais que fait-on aujourd’hui des acquis ? Que propose le gouvernement de nouveau ? 

Budget de 2017

Par rapport au budget 2017, nous attendons le gouvernement sur la mobilisation des ressources et la mise en œuvre des projets annoncés. Mais à l’allure où vont les choses, aujourd’hui, l’avenir de notre pays est incertain. Le miracle promis au peuple béninois depuis l’Elysée, n’aura pas lieu. Vous avez vu les inquiétudes exprimées par le Président de l’Assemblée nationale sur le projet de budget, qui doit pouvoir tenir des aspirations profondes des Béninois, les mesures sociales pour améliorer les conditions de vie et de travail des Béninois. Vous avez aussi entendu les interventions des députés sur la question. Tout le monde perd espoir, et c’est grave dans une démocratie. 

Au niveau du PLP, nous n’attendons pas grand-chose, parce que le gouvernement n’inspire pas confiance. Avec la restriction des libertés, il faut craindre le pire pour notre pays, car la dictature s’installe, la terreur. 

Conclusion

Il faut que le programme d’action du gouvernement sorte enfin pour nous permettre d’avoir une idée claire sur la vision et les ambitions du régime. Les emplois supprimés (plus de 1000 agents) au ministère de l’agriculture doivent revenir à leur place. La question de l’emploi des jeunes doit être au cœur de l’action publique. Et il faut aussi que le gouvernement nous dise où vont les fonds mobilisés dans le cadre des emprunts obligataires.

B.L