Prison civile d'Abomey-Calavi: Une guerre implacable contre le rançonnement et la pratique d'achat de bâtiments et de lits (enquête)

Le régisseur Jacques Dannon déterminé...

_Par un simple  concours de circonstance, je suis devenu usager de la prison civile d'Abomey Calavi. Un lieu dont j'ai assisté, à la mise en service des années plus tôt, un après midi du 31 Décembre 2013, si mes souvenirs sont exats. Le joyau financé par le MCC, venait d'être mis en service par le ministre Valentin DJENONTIN- AGOSSOU, alors tout-puissant ministre de la justice. Depuis ce réveillon inaugural,  je n'y suis plus retourné.  Alors, je ne savais rien de ce qui s'y passait. Ceci jusqu'à la deuxième quinzaine du  mois d’Avril,où un ami  venait d'être envoyé pour y séjourner. Durant sa courte période de détention, moins d’un mois environs, j’opérais des régulières descentes, qui m’ont permis  de côtoyer des prisonniers, jusqu’à gagné l’estime et l’amitié de certains responsables parmi eux. Une occasion pour moi de découvrir que des  chamboulements internes s'opèrent dans cette prison, pour le bonheur des usagers et des prisonniers ._ 

Prudent N. 

Longtemps demeurés dans l'ornière, les centres pénitentiaires  du Bénin, sont pour la plupart des jungles, où règnent la féodalité, l’injustice et l'arbitraire.

 De la table de filtrage pour l'obtention des badges, à la salle des visiteurs, le rançonnement des usagers est la chose la mieux partagée, et presque tous les  acteurs de la chaine, s'y adonnent allègrement, et  curieusement à cœur joie. Mais dans cet environnement favorable, fait de transgression des règles, et du code d’éthique, l'actuel régisseur de la prison civile d'Abomey Calavi,  le Lieutenant Jacques DANNON, s'évertue dans la discrétion qui caractérise la grande muette, à bousculer les habitudes, non sans résistance et grincement de dents. 

 La prison civile d’Abomey Calavi  surpeuplée !

Les  prisons civiles du  Bénin sont surexploitées, avec pour corollaire, des effectifs débordants ! C'est le triste constat qui s'observe, quand on s'intéresse aux tableaux signalétiques  sur la situation carcérale dans notre pays.  

Un surpeuplement qui dresse le nid à toute sorte de déviances, dont les plus connues sont le rançonnement aggravé par différentes formes d'abus. 

 La prison civile  d'Abomey Calavi, située dans l'arrondissement d'Akassato n'échappait,  malheureusement pas à cette triste réalité. Construite pour une capacité de 300 détenus, elle accueille actuellement plus de 1 000 pensionnaires, dont environs 800 en attente de jugement  et environs 230 condamnés qui  purgent diverses peines. Les conditions de vie,  dans cette prison se sont  améliorées depuis peu, témoignent , certains prisonniers . Un changement induit, selon mes sources,   grâce aux réformes initiées par, le lieutenant Jacques DANNON, promu régisseur de la prison cilive d'Abomey Calavi fin Mars dernier.  

 Lutte contre le rançonnement : une priorité ?

 << Avant la prise de service de l'actuel régisseur, les conditions de séjour à  la prison civile d'Abomey Calavi,  variaient selon les moyens financiers, que le prévenu déboursait  dès son placement en détention >>, me confie t-on dans les couloirs au tribunal d'Abomey Calavi. Le substitut du procureur venait de placer sous mandat de dépôt,un parent à moi et je suis allé m'informer des chefs de poursuites. Il sonnait 22 heures et je m'empressais avec sa femme de me rendre à la prison civile d'Abomey Calavi, dans l'intention de lui "acheter une place". Parti du tribunal, je m'y  retrouvais, après vingt minutes de route. Surplace, un responsable des prisonniers qui a déjà passé deux ans, en détention m'a expliqué,qu'autre fois <<Il fallait payer pour éviter le baptême de feu: une bastonnade rituelle que subissent les premières nuits,    tous les nouveaux prisonniers , payer pour dormir sur un matelas ou le partager avec d'autres >>. Un autre prisonnier qui m'a reconnu à l'entrée d'ajouter, << qu'il fallait aussi payer à  l’entrée ou à la sortie de la prison >>.

 Ces témoignages à peine voilés sont l'expression de la pratique qui avait cours , jusqu'à un passé récent. <<Un commerce triangulaire florissant, animé  et entretenu entre les agents assermentés de l'état, tapis au sein de l'administration pénitentiaire, les responsables des prisonniers avides de gains faciles et des détenus pu leurs  parents, en quête de meilleures conditions de vie au sein de la "jungle ">>, m'expliquait un agent de permanence , qui a requis l'anonymat.  Il faillait déboursé entre 150 000 et 200 000 par pensionnaire à l'administration pour s'offrir le luxe de vivre au VIP, et environs  100 000 FCFA pour vivre dans la "cellule". A ces frais, s'ajoutaient,  ceux perçus par les responsables des prisonniers, qui peuvent varier, selon les cas entre 50 000 et 100 000  FCFA. Tels des agents immobiliers, certains prisonniers à la manœuvre agissaient en toute discrétion et opèraient sans trace.   Seulement, c’est sans compter avec la volonté du régisseur, le Lieutenant Jacques DANNON, à rectifier le tir et en finir avec la pègre. Investit à ce  poste, il n'a qu'une seule devise : Rétablir l'ordre normal des choses et réduire les tentatives rançonnements. Un vœu qui se traduit progressivement dans les actes.

 L’heure des reformes a sonné !

Les exemples sont légions, et sous -tendent la nouvelle vision du regisseur.  

<<Des notes de service, sont pris, des séances d'orientation tenues et les victimes sensibilisées pour    dénoncer tout contrevenant >>  me précise Jean, le premier responsable des détenus appelé "contrôleur général ".  Un autre qui a recouvré  sa liberté, le lundi dernier, notamment Hervé, rend un témoignage élogieux sur les réformes  en cours. Après plusieurs années passées à la prison civile d'Abomey Calavi, il était  patron de la "mafia" et percevait d'énormes dividendes.  <<Je  pouvais mobiliser près de 500 000 FCFA,  autrefois par semaine en concédant des places aux détenus  >> me confesse t-il.  <<Mais actuellement, rien n'est plus possible, car l'administration est hostille, à  cet usage. Nous sommes exposés à de graves sanctions, si les victimes  nous dénoncent >> poursuit t-il, avant de conclure en ses termes : <<Tous les lits sont actuellement attribués gracieusement par le régisseur et ses collaborateurs en fonction  du rang social de chaque prévenu sans aucune contre-partie. L'égalité des chances s'est imposée et le bureau du régisseur est  grandement ouvert pour toute dénonciation ou réclamation des usagers ou détenus >>.  A l'entrée de la prison civile d'Abomey Calavi ,  il est écrit noir sur jaune sur un pan du mur : Ne cédez pas du tout au racket .Une inscription qui sonne comme une conscientisation silencieuse, mais qui  traduit, l'inébranlable  engagement, de restaurer l'image, que le citoyen,  a de nos prisons civiles,  jugées comme étant des nids de vices et de  corruption. Sans désemparé, l'équipe dirigeante de la prison civile d'Abomey Calavi doit s'activer pour que le cap soit maintenu.  C'est à ce seul prix,  que la hiérarchie de la police républicaine  pourra reconnaître au  régisseur Jacques DANNON, le mérite d'une mission bien assumée. Ceci d'autant que le gouvernement vient de créer une agence pénitentiaire dirigée par le colonel  Jiles Sèdro YEKPE,  dans le but d'une meilleure gestion des prisons et maisons d'arrêt. L'ultime  objectif étant,  l'amélioration des conditions de vie des détenus. Et parlant d'eux, je dois indiquer que mon proche a recouvert sa liberté,  après une vingtaine de jours  de détention. Son passage dans cette prison m'a permis de toucher du doigt les actions du lieutenant Jacques DANNON.

Loin de tout tintamarre, la prison civile d’Abomey Calavi vit   une révolution douce,  qui peut faire école et  être généralisée.